L’agnosie est un terme crée par Freud en 1891. C’est la perte liée à une atteinte cérébrale, de la capacité à identifier les stimuli ( les objets, les sons..) de l’environnement à travers une modalité perceptive donnée ( la vue, l’audition…) en l’absence de trouble sensoriel.
la prosopagnosie
c’est une perception ( visuelle, auditive, corporelle..) sans objet, c’est à dire qui n’existe pas dans la réalité.
C’est une difficulté à détecter, à identifier ou à s’orienter vers des stimuli situés dans la moitié de l’espace controlatérale à l’hémisphère cérébral lésé.
c'est un trouble du langage du à une affection cérébrale alors que celui ci était acquis.
c’est la perception d’un membre qui a été amputé

L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau


Auteur : Oliver Sacks


Information sur l’auteur :

Oliver Sacks est né à Londres en 1933 de parents scientifiques.
Il fait ses études de médecine à Oxford ( Angleterre) et devient neurologue.
Il part vivre aux Etats-Unis dans les années 60. Depuis 1965, il vit à New York ou il exerce sa profession de neurologue et de professeur de neurologie au collège de médecine Albert Einstein de New York.
Oliver Sacks est l’auteur de nombreux livres traitant principalement de personnes atteintes de troubles neurologiques ayant des répercussions parfois étranges sur leur vie. L’auteur se passionne pour tout ce qui touche à la survie individuelle, à l’adaptation des différents désordres neurologiques et sur ce qu’ils nous apprennent sur le cerveau et l’esprit humain.
Dans ses livres, notamment l ‘homme qui prenait sa femme pour un chapeau, il fait référence à Louriia un des pères fondateurs d’une nouvelle science : la neuropsychologie ( science qui unit le cerveau et l’esprit : discipline qui étudie le rapport entre les fonctions mentales supérieures comme la mémoire, le langage, la reconnaissance… et les structures cérébrales). Ainsi, l’ouvrage l’homme qui prend sa femme pour un chapeau décrit des histoires de personnes présentant des perturbations de mémoire, langage, reconnaissance…dues à des atteintes neurologiques.

Bibliographie :


Migraine mai 1986
Sur une jambe janvier 1990
L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau avril 1992
L’éveil, 50 ans de sommeil juin 1993 avec adaptation au cinéma
Un anthropologue sur mars 1995
Des yeux pour entendre, voyage aux pays des sourds novembre 1996
L’île en noir et blanc octobre 1997
Premiers regards 1999
Le fantôme intérieur de ramachandran 2002
Oncle Tungstène février 2003

Son site internet : http://www.oliversacks.com

 

Présentation du livre :

Le livre est une succession de récits cliniques ( description de patient).
Les récits sont regroupés en quatre parties :
La partie exposant des patients manifestant des déficits : c’est à dire des pertes de capacités .
La partie exposant des patients manifestant des excès : un trop de capacités.
La partie traitant des « transports ».
Une partie parlant de l’univers des simples d’esprit.

- LES DEFICITS

A travers le récit de plusieurs patients, l’auteur nous présente les troubles suivants :


L’agnosie ( L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau).


Le docteur P ( p23) est un homme manifestant une agnosie des visages associée à une agnosie des objets. Il n’arrive plus à identifier les objets et les visages. Il identifie les détails des objets, des éléments caractéristiques des visages. Mais l’objet n’a plus de sens : il ne peut ni le nommer ni dire son usage alors qu’il est capable d’en décrire les détails. Ainsi, il identifie son environnement par l’usage de ses autres sens : l’odorat, l’ouïe…
L’auteur précise qu’il n’y a pas que le problème de classement ou de catégorisation ( opérations effectuées par le cerveau pour rendre notre monde cohérent), la capacité de jugement fait défaut ( se réfère aux émotions) c’est à dire que les objets ne sont plus associés à un vécu, à une expérience de la vision.


L’amnésie ( le marin ) décrite au sein d’un syndrome de Korsakov.


Jimmie présente une perte de mémoire immédiate, c’est à dire qu’il oublie au fur et à mesure tout ce qui se passe.
Il pense vivre en 1945, date à laquelle commence son amnésie des évènement récents.
L’auteur à travers ce récit s’interroge sur le rôle de la mémoire dans notre définition de notre existence. Quelle vie peuvent avoir les personnes privées de leur histoire. Oliver Sacks s’intéresse tout particulièrement à l’adaptation de l’homme à ses incapacités.
L auteur propose des mesures thérapeutiques pour palier au déficit de mémoire afin d’offrir un sentiment de continuité dans son existence : comme tenir un journal. Mais, essayer de palier le déficit n’arrange rien puisqu’il oublie son journal, et même le place devant une réalité qui le réduit, lorsqu’il relit ses écrits qu’il ne reconnaît pas.
Oliver Sacks constate alors qu’il est possible de restaurer le sentiment d’être quelqu’un par l’art, la communication, tout ce qui est d’ordre émotionnel ou spirituel : dans ces domaines, Jimmie arrive à garder de l’attention.
Depuis Jimmie n’a plus de comportement agité, ne semble plus s’ennuyer…
Pour reprendre une citation du livre :
Luriia écrivait à Sacks « Un homme n’est pas seulement constitué d’une mémoire. C’est un être de sentiment, de volonté, de sensibilité, un être moral »


Défaut de Proprioception ( La femme désincarnée).


La proprioception est ce qu’on appelle notre 6 eme sens. Il nous indique en permanence la position et l’état de chaque partie de notre corps sans être obligé de regarder. Ce sens est interne, il est du à une communication entre notre corps et notre cerveau. La proprioception serait en quelques sorte les yeux internes de notre corps.
Bouger, manipuler, marcher, rester en équilibre les yeux fermés paraissent des actions naturelles. Lorsque ce 6 ème sens fait défaut tout mouvements ou ressenti corporel deviennent problématiques. C’est le récit de la femme désincarnée. L’auteur décrit les manifestations physiques de ce déficit ainsi que le combat de cette jeune femme pour continuer à vivre en s’adaptant à son déficit.
Le récit de MacGrégor est une deuxième illustration d’un déficit de la proprioception.
Ce monsieur marchait toujours penché sans s’en apercevoir. Avec l’aide du docteur Sacks, il trouva un système de lunettes lui permettant de lui donner un repère extérieur qui lui indique lorsqu’il penche afin de se corriger.


Le membre fantôme .


Certaines personnes amputées ressentent leur membre amputé comme si il existait encore. On peut retrouver associées des douleurs fantômes : après une amputation, des hallucinations corporelles de douleurs dans le membre disparu peuvent apparaître des l’amputation et se prolonger pendant plusieurs années.
Oliver Sacks y consacre quelques descriptions et explications sur ce phénomène étrange dans « doigt fantôme, disparition de membres fantômes, fantômes positionnels et fantômes mort ou vif. »

L’héminégligence. L’auteur parle de défaillance unilatérale dans son récit « tête droite ».



Madame S concrètement, ne fait plus attention aux éléments se trouvant dans son champs gauche ( ayant eu des lésions au cerveau droit) sans pour autant avoir des problèmes de vision pure. En effet, la jeune femme néglige son espace gauche : elle ne mange que la partie droite de son assiette, ne se maquille que la moitié du visage…le moyen trouvé pour palier à ce déficit est de tourner sur elle même jusqu’à trouver les parties manquantes. La difficulté est que ce moyen n’est pas automatique car c’est comme si la partie gauche n’existait pas. Donc elle ne pense à tourner sur elle même que lorsqu’elle a encore faim !

L’aphasie.


Oliver Sacks y consacre un court récit dans « le discours du président »
Il nous explique par le biais de patient n’ayant plus accès aux sens des mots que le discours peut être compris à plusieurs niveaux . En effet, de multiples signaux interviennent dans la compréhension du langage oral, comme le ton, les mimiques : l’expressivité accompagnant les mots.
Il nous présente également le cas opposé, qui est de comprendre le sens des mots sans pouvoir comprendre l’expressivité des mots comme le timbre, la tonalité du discours : c’est l’agnosie tonale ou aprosodie.
L’aphasie dont nous parle l’auteur est un type d’aphasie. Les troubles du langage revêtent différentes formes plus ou moins invalidantes.


- LES EXCES

Oliver Sacks cite de nouveau Louriia comme étant le seul du monde médical ( hormis le champs de la psychiatrie) à envisager les excès en neurologie : « une prodigieuse mémoire ».

« Ray le tiqueur blagueur » est un récit clinique sur l’étrange syndrome de Gilles de la Tourette. En 1885, Gilles de la Tourette, élève de Charcot ? décrivait le syndrome qui porte maintenant son nom. Ce syndrome se caractérise par deux symptômes principaux :
Les tics moteurs : mouvements de la tête, grimace, clignement des yeux, répétitions de gestes.
Les tics vocaux : cris, reniflements, raclements de la gorge, mots obscènes, répétition d’injure.. associés à des idées étranges, des imitations involontaires, maniérisme, humour étrange et grotesque.
Ce syndrome peu connu, a connu une adaptation à la télévision dans la série Ally mc Beal où John Cage tombe amoureux d’une de ses clientes ayant des tics, des paroles et mouvements brusques et incontrôlés.
Dans « question d’identité », il évoque le syndrome de Korsakov sous l’angle de l’excès : le personnage vit dans ses inventions, ses créations de souvenirs.
Une des caractéristiques de cette pathologie est l’oubli à mesure des évènements. Le patient s’inventerait un monde pour remplacer l’oubli.
Dans cette description clinique ainsi que dans « oui, père-sœur », Oliver Sacks aborde le symptôme de l’indifférence, appelé l’effet d’égalisation décrit par son mentor Louriia
Enfin dans « les possédés », l’auteur évoque deux cas de Korsakov et de Tourette dans leur forme grave : il parle de délire d’identité, les personnages s’attribuent des identités ( par fabulations ou mimétisme) pour les faire leurs ( délire : prendre pour réel ce qui n ‘est pas).

- LES TRANSPORTS

Oliver Sacks nous expose des phénomènes apparentés à des sortes de voyages.
Les troubles n’ont pas les même origines et flirtent entre l’organicité et le psychisme.
Tout d’abord, des sortes de voyage dans le temps :
Dans les récits, « réminiscence, nostalgie incontinente et route des indes », les personnages vivent une expérience passée ( par des évènements musicaux, ou par la vue de paysage..) tout en étant présent. Les personnes sont lucides, cohérentes, mais vivent des expériences hallucinatoires ( perception sans objet) en parallèle.
Puis, voyage dans la peau d’un autre :
« Dans la peau d’un chien », un jeune homme fait l’expérience d’un odorat ultra développé ; ce qui change totalement sa perception du monde.
Voyage dans le passé :
Dans « Meurtre » il s’agit d’un retour de souvenir enfoui engendré par un traumatisme crânien. Le souvenir est vécu comme une réminiscence.
Enfin, des voyages à travers des visions. Celles ci expliquées sous l’angle de la pathologie migraineuse.

Des phénomènes étranges à cheval entre l’esprit et l’organique. Le corps et l’esprit sont bien souvent étudiés séparément alors qu’ils ne peuvent fonctionner l’un sans l’autre. L’auteur s’interroge souvent sur cette frontière.

LE MONDE DU SIMPLE D'ESPRIT

C’est le dernier chapitre du livre.
L’auteur consacre quelques récits aux déficients intellectuels avec lesquels il a aussi travaillé.
Il s’intéresse à leur mode de fonctionnement et à leur raisonnement.
Dans « Rébecca », il s’aperçoit que vu sous l’angle des tests, elle n’est que déficits.. elle ne représente que les limites.
Sorti du contexte de test, il découvre une personne ayant des capacités autres que celles calculées dans les tests : capacités théâtrales, musicales et tout ce qui implique l’affectif.
Dans « un dictionnaire musical ambulant et les jumeaux » ; Oliver Sacks s’interroge sur les capacités de ses « idiots savants ». Il conclue que ces personnes ayant des troubles du développement intellectuel ont développé une capacité très spécifique ne se limitant pas à un exercice machinal dénué de raisonnement.
Le livre se termine avec le récit de « l ‘autisme artiste » qui arrive à rentrer de nouveau en communication avec le monde extérieur par le biais du dessin.

Ouvrage de référence lorsque l’on s’intéresse de près ou de loin à la neuropsychologie

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